Rezension: Jean-Noël Jeanneney, Le Rocher de Süsten. Mémoires, t. III, 1991-2002. Marianne et Clio
Le troisième tome, « Le rocher de Süsten », vient de paraître. Avec cet ouvrage, Jean-Noël Jeanneney publie ses mémoires. À l’instar des deux tomes précédents, celui-ci porte un sous-titre qui résume tout le livre en deux mots, de manière aussi concise que pertinente : « Marianne et Clio ». C’est sur le rocher de Süsten qu’un bloc de plusieurs tonnes s’est écrasé, juste devant eux, sur la voiture d’une famille alors qu’ils rentraient de vacances, épargnant comme par miracle Jeanneney et ses amis et faisant ainsi de la réflexion sur le hasard dans l’Histoire la mission de toute une vie de l’historien Jeanneney. Il est toujours resté fidèle à cette mission. Ce troisième tome l’illustre avec une force particulière à travers l’imbrication complexe de ses engagements en politique, au sein de tant de clubs, d’associations, voire de think tanks, ainsi qu’en tant qu’historien, dont la profession l’oblige à garder une certaine distance, qui replace sans cesse les événements dans leur contexte historique en utilisant un critère de référence dont les politiciens ne disposent souvent pas. C’est cette longue phrase qui résume le mieux ce troisième tome.
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Ce troisième tome s’ouvre sur le mot-clé « Bercy », siège du ministère des Finances, où Jeanneney est nommé en mai 1991 directeur de la Direction des relations économiques extérieures (DREE), fonction qu’il exercera en tant que secrétaire d’État jusqu’en 1992. Il sait qu’il est connu : « À peine mon nom avait-il surgi que le ministère s’efforça de canaliser mes extravagances. » (p. 12) Son supérieur hiérarchique est le ministre des Finances Pierre Bérégovoy, qui regrettait de ne pas être devenu Premier ministre… Dans les cinq premiers chapitres, il décrit comment il a mis en œuvre sa principale résolution, « mêler l’observation à l’action » (p. 32), et comment cela lui a permis d’acquérir une vision tout à fait particulière de la place de la France dans le monde. Déjà à son époque, les États-Unis revendiquaient la liberté des échanges pour eux-mêmes, mais ne voulaient pas l’accorder à l’Europe. (Cf. p. 35) Dès ces premiers chapitres se dessine la conviction de Jeanneney de devoir défendre une Europe forte. Au-delà des questions de politique économique pour lesquelles il parcourt le monde, il observe les « narcissismes » (p. 93) des individus et la course aux fonctions et au pouvoir. En tant qu’historien, il se croyait à l’abri de tout cela. Il n’avait pas de rivaux tels que les « éléphants » du Parti socialiste, auquel il n’appartenait pas. Mais il avoue qu’il partait tout de même du principe qu’un gouvernement se considérait comme une équipe. Et combien de temps lui a-t-il fallu pour se rendre à l’évidence et se souvenir de Cosme de Médicis, qui estimait qu’il était ordonné de pardonner à ses ennemis, mais pas à ses amis… (cf. p. 94). Et il a vu l’autorité de la nouvelle Première ministre Édith Cresson (de mai 1991 à avril 1992) se dissoudre comme un comprimé d’aspirine dans un verre d’eau.
De 1992 à 1993, Jean-Noël Jeanneney devient secrétaire d’État à la Communication au sein du gouvernement français dirigé par le Premier ministre Pierre Bérégovoy. Les quatre chapitres suivants offrent un aperçu étonnant des coulisses de la vie politique quotidienne et de ses relations avec Pierre Bérégovoy. C’est à cette époque que surviennent la fin de La Cinq et le lancement d’ARTE.
Dans le chapitre 10, Jeanneney revient en détail sur sa relation avec François Mitterrand et confie avoir éprouvé, lors de leurs fréquentes rencontres, « une curiosité intense et une adhésion intermittente »…
à l’instar des hérissons de Schopenhauer : suffisamment proches pour échanger, mais à une distance suffisante pour ne pas se piquer. (cf. p. 193) Le 8 janvier 1996, Mitterrand décède et Jeanneney rend compte de la cérémonie funéraire à Notre-Dame. Les larmes d’Helmut Kohl et de Barbara Hendricks « Pie Jesu » de Gabriel Fauré.
En 1993, Jeanneney reprend sa chaire à Sciences Po, relance ses séminaires d’histoire et se consacre à l’importance des finances et du monde des affaires, des médias et enfin de l’Europe dans une perspective à long terme. (cf. p. 236). En janvier 1995, il refuse la proposition de devenir président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), peut-être par crainte de se retrouver pris dans un système de diplomatie permanente. C’est à cette époque qu’il écrit son ouvrage Une histoire des médias, des origines à nos jours* , éd. « Points » Le Seuil, Paris. Puis vint, sous le titre L’Écho du siècle, un Dictionnaire de la radio et de la télévision, qu’il publia en 1999 en collaboration avec Agnès Chauveau.
Sa tentative de retour en politique par la voie des élections régionales s’est soldée par un échec. Une autre possibilité s’est présentée : celle de se porter candidat comme député en Franche-Comté, mais il l’a rejetée. Les négociations autour de ces candidatures offrent un aperçu intéressant de la
vie politique locale et de l’influence que Paris exerce sur celle-ci. L’historien Jeanneney garde la tête haute malgré ces déceptions : « Après l’action, pour chasser les papillons noirs, un livre, vite ! » (p. 283) : L’Avenir vient de loin, Le Seuil, Paris, 1994, réédité en 2001 avec le sous-titre Essai sur la gauche.
Le chapitre 18 décrit son engagement dans de nombreux clubs et associations où se débattaient de nombreuses questions politiques : au cœur de ces débats se trouvait sans cesse une préoccupation concernant l’évolution de la gauche : « que cette gauche perdît en chemin une partie de son ardeur, en passant, du plus politique de Delors et Rocard à Raymond Barre et Giscard d’Estaing. » (p. 303)
Au chapitre 19, il raconte comment Jacques Delors, après mûre réflexion, a déçu ses partisans en 1994 en renonçant à se présenter à l’élection présidentielle : « c’était la lâcheté de la déróbade. » (p. 320)
En 1999, Laure Adler, directrice de France Culture, propose à Jeanneney de prendre en charge une émission hebdomadaire consacrée à l’histoire, qui est depuis lors diffusée tous les samedis matin sous le titre Concordances des temps.
En effet, les responsables politiques eurosceptiques auraient beaucoup à apprendre de cette lecture. Pourquoi l’Europe ne met-elle pas à profit sa politique de force ? Pourquoi tolère-t-elle que les eurosceptiques entravent si facilement le projet d’unification ? Telles sont les questions que l’on se posera après cette lecture. Dans le chapitre 22, « L’Europe, le grand défi », il aborde les débats dépassés sur le transfert de souverainetés et se prononce avec force en faveur d’une « Europe-puissance », une Europe forte : « Sinon, il aurait mieux valu rentrer chez soi et s’occuper de son propre jardin. » (p. 369) Quel contraste entre Hans-Dietrich Genscher (p. 371-374) et Gerhard Schröder (p. 374-392), qui, lors d’un dîner, s’est moqué sans détour des fondements des relations franco-allemandes. Genscher s’est prononcé en faveur d’une amélioration des institutions européennes à l’occasion des prochains élargissements, mais a ajouté qu’il ne souhaitait aucune modification des textes susceptible de perturber la communauté franco-allemande. Et il est frappant de constater que l’historien Jeanneney laisse entendre que le manque de connaissances historiques a contribué à l’arrogance du chancelier.
L’ouvrage se termine par la nomination de Jean-Noël Jeanneney au poste de directeur de la Bibliothèque nationale de France.
Der dritte Band „Le rocher de Süsten“ ist erschienen. Mit diesem Werk legt Jean-Noël Jeanneney seine Memoiren vor. Wie die beiden vorhergehenden Bände hat auch dieser Band einen Untertitel, der das ganze Buch in zwei Worten so prägnant und treffend zusammenfasst: „Marianne et Clio“. Es war der Fels von Süsten, vom dem auf der Rückkehr von einer Urlaubsreise ein tonnenschwerer Brocken direkt vor ihnen auf das Auto einer Familie aufschlug und Jeanneney und seine Freunde wie durch ein Wunder verschonte und auf diese Weise, das Nachdenken über den Zufall in der Geschichte zur Lebensaufgabe des Historikers Jeanneney machte. Dieser Mission ist er sich immer treu geblieben. Dieser dritte Band belegt dies ganz besonders nachdrücklich mit dem Dreiecksgeflecht zwischen seinen Engagements in der Politik, in so vielen verschiedenen Clubs, Vereinen, ja Think Tanks wie auch als qua Beruf distanzierter Historiker, der die Zeitläufte immer wieder von Neuem einordnet und dabei eine Messlatte nutzt, die Politiker oft nicht zur Verfügung haben. Mit diesem langen Satz kann der dritte Band am besten resümiert werden.
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Dieser dritte Band beginnt mit dem Stichwort Bercy, Sitz des Finanzministerium, wo Jeanneney im Mai 1991 zum Direktor der Direction des relations économiques extérieures DREE berufen wird, eine Aufgabe, die er als Staatssekretär bis 1992 ausüben wird Er weiß, dass er bekannt ist : „Kaum war mein Name gefallen, bemühte sich das Ministerium, meine Extravaganzen in geordnete Bahnen zu lenken.“ (S. 12) Sein Dienstherr ist der Finanzminister Pierre Bérégovoy, der bedauerte, nicht Premierminister geworden zu sein… In den ersten fünf Kapiteln beschreibt er seinen wichtigsten Vorsatz „mêler l’observation à l’action“ (S. 32) und er profitierte davon, einen ganz besonderen Blick auf die Stellung Frankreichs in der Welt zu erhalten. Schon zu seiner Zeit verlangten die USA für sich Handelsfreiheit, wollten sie aber Europa nicht gewähren. (Vgl. S. 35) Schon zeichnet sich in diesen Kapiteln, Jeanneneys Überzeugung für ein starkes Europa eintreten zu müssen, ab. Abgesehen von den wirtschaftspolitischen Themen, für die er um die Welt reist, beobachtet er die „narcissimes“ (S. 93) der Personen und das Äugen nach den Ämtern und um die Macht. Als Historiker fühlte er sich davor gefeit. Er hatte keine Rivalen wie die „éléphants“ der sozialistischen Partei, der er nicht angehörte. Aber er gesteht, dass er doch noch davon ausging, dass eine Regierung sich als Mannschaft fühlte. Und wie schnell wurde er eines Besseren belehrt und erinnerte sich an Cosimo de’ Medici, der meinte, es sei befohlen, seinen Feinden zu verzeihen, nicht aber seinen Freunden… (vgl. S. 94). Und er beobachtete, wie sich die Autorität der neuen Premierministerin Édith Cresson (Mai 1991 bis April 1992) wie eine Aspirin-Tablette in einem Wasserglas auflöste.
1992 bis 1993 wird Jean-Noël Jeanneney Staatssekretär für Kommunikation in der französischen Regierung unter Premierminister Pierre Bérégovoy. Die folgenden vier Kapitel bieten erstaunliche Einblicke in das politische Tagesgeschäft und in seine Beziehungen zu Pierre Bérégovoy. In diese Zeit fällt das Ende von La Cinq und der Start von ARTE.
Im 10. Kapitel kommt Jeanneney ausführlich auf sein Verhältnis zu Francois Mitterrand zu sprechen und verspürte bei ihren häufigen Begegnungen „eine ausgeprägte Neugier und eine zeitweise nachlassende Begeisterung“… wie bei den Igeln von Schopenhauer: nahe um sich auszutauschen, mit genügend Abstand, um sich nicht zu pieksen. (vgl. S. 193) Am 8. Januar 1996 stirbt Mitterrand und Jeanneney berichtet über der Trauerzeremonie in Notre Dame. Die Tränen von Helmut Kohl und Barbara Hendricks Pie Jesu von Gebarel Fauré.
1993 kehrt Jeannney wieder auf seinen Lehrstuhl in Sciences-Po zurück und nimmt seine Seminare zur Geschichte wieder auf und widmet sich der Bedeutung der Finanzen und der Geschäftswelt, den Medien und schließlich auch Europas in einer längerfristigen Perspektive. (vgl. S. 236). Im Januar 1995 schlägt er das Angebot, Präsident des Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) vielleicht auch aus Sorge, in ein System ständiger Diplomatie zu geraten, aus. in dieser Zeit entstand sein Buch Une histoire des médias, des origines à nos jours, éd. « Points » Le Seuil, Paris. Danach folgte unter dem Titel L’Écho du siècle ein Dictionnaire de la radio et de la télévision, das er zusammen mit Agnès Chauveau 1999 veröffentlichte.
Der Versuch, in die Politik auf dem Weg über die Regionalwahl zurückzukehren, endete mit einem Misserfolg. Es bot sich noch eine Möglichkeit, als Abgeordneter in der Franche-Comté zu kandidieren, die er aber ausschlug. Die Verhandlungen um diese Kandidaturen bieten einen interessanten Einblick in das
politische lokale Leben und den Einfluss, den Paris darauf ausübt. Der Historiker Jeanneney bleibt trotz
der Entäuschungen oben auf: „Nach der Aktion, um die schwarzen Schmetterlinge zu vertreiben: ein Buch, schnell!“ (p. 283): L’Avenir vient de loin, Le Seuil, Paris, 1994, neu aufgelegt 2001 mit dem Untertitel Essai sur la gauche.
Das Kapitel 18 beschreibt er seine Teilnahme an vielen Clubs und Vereinigungen, in denen viele politische Fragen debattiert wurden: Im Zentrum stand immer wieder ein Sorge um die Entwicklung der Linken: „dass diese Linke auf ihrem Weg einen Teil ihrer Leidenschaft einbüßte, als sie sich – ausgehend von den politischsten Vertretern wie Delors und Rocard – in Richtung Raymond Barre und Giscard d’Estaing bewegte.“ (S. 303)
Kapitel 19 berichtet er, wie Jacques Delors nach langer Überlegung 1994 seine Anhänger mit seinem Verzicht auf eine Kandidatur für die Präsidentschaftswahl enttäuschte: „Das war die Feigheit dieser Ausflucht.“ (S. 320)
1999 macht Laure Adler, Direktorin von France Culture, Jeanneney das Angebot eine wöchentliche Sendung zur Geschichte zu übernehmen, die seitdem bis heute unter dem Namen Concordances des temps, jeden Samstagvormittag gesendet wird.
Tatsächlich könnten europakritische Politiker bei dieser Lektüre viel lernen. Warum nutzt Europa seine Politik der Stärke nicht? Warum lassen es sich viel gefallen, dass Europakritiker das Einigungswerk so leicht behindern? wird man sich nach dieser Lektüre fragen. Im Kapitel 22, „Europa, die große Herausforderung“ über die überholten Diskussionen zum Thema Transfert von Souveränitäten und spricht sich mit Nachdruck für ein „Europe-puissance“, ein starkes Europa aus: „Sonst wäre es besser gewesen, nach Hause zu gehen und den eigenen Garten zu pflegen.“ (S. 369) Was für ein Kontrast zwischen Hans-Dietrich Genscher (p. 371-374) und Gerhard Schröder (p. 374-392), der ganz unverhohlen beim Abendessen über die Grundfeste der deutsch-französischen Beziehungen spottete. Genscher sprach sich für eine Verbesserung der europäischen Insitutionen anlässlich der kommenden Erweiterungen aus, fügte aber hinzu, er wünsche keine Veränderung der Texte, die die deutsch-französische Gemeinsamkeit strören könne. Und es fällt auf, dass der Historiker Jeanneney durchblicken lässt, dass fehlende Geschichtskenntnisse zur Überheblichkeit des Kanzlers beigetragen haben.
Der Band endet mit der Berufung von Jean-Noël Jeanneney zum Direktor der Französischen Nationalbibliothek.
Traduction faite avec le soutien de deepl.com.
Jean-Noël Jeanneney,
Le Rocher de Süsten. Mémoires, t. III, 1991-2002. Marianne et Clio,
Paris, Ed. Seuil 2026


