Rezension: Michel Winock, Sartre pour mémoire
Dans la revue L’Histoire, consacrée au thème « France 1945. Tout est possible » (Mensuel n° 529, mars 2025)
, Michel Winock avait publié un article intitulé « Le Phénomène Sartre » : « La très grande popularité de Jean-Paul Sartre s’explique par la modernité et la radicalité de sa pensée. Suscitant autant l’indignation que l’admiration, il s’impose dans une société meurtrie en revendiquant une liberté nouvelle. » Il revient aujourd’hui sur ce sujet dans > Sartre pour mémoire qu’un lecteur s’est indigné que Winock ait osé écrire sur un auteur qui aurait été un imposteur et qui se serait toujours trompé ? On connaît ça, c’est comme un préjugé : « Sartre s’est toujours trompé… » Une bonne occasion pour Winock, malgré toutes les divergences, de réfléchir à l’influence de Sartre a exercée sur sa vie et celle de sa génération.
Sartre a profondément marqué la vie de Michel Winock. Même si tous ses écrits ne l’ont pas convaincu, ils trônent tous sur son étagère. Il en va de même
pour le critique de cet ouvrage… y compris en allemand.
Déjà dans son ouvrage Siècle des intellectuels, il avait intitulé un chapitre « Les années Sartre », qui couvraient la période de 1944 jusqu’à sa mort en 1980. L’influence qu’il a exercée sur la vie intellectuelle française au cours de ces décennies est le sujet du présent ouvrage. Les livres de Jean Piaget (« une première façon de me décrasser intellectuellement », p. 15), d’Henri Bergson, de Søren Kierkegaard, mais aussi de Kant, Hegel et enfin Marx ont marqué Winock pendant ses études. Dans son carnet de notes, il ne trouve toutefois aucune référence à L’Imaginaire (1940) ni à L’Être et le néant (1943), mais bien à La Nausée (1938) (cf. p. 21-25), cycle romanesque Chemins de la liberté, qui l’a tant marqué.
Et si, aujourd’hui, Sartre n’apparaît plus très souvent dans les programmes universitaires, Winock en donne une brève explication, valable déjà pour les années 50 : « Sa philosophie, l’existentialisme, s’était échappée de l’université : elle était devenue une mode… » (p. 31) Le phénomène Sartre s’expliquerait par son génie, qui maîtrisait tous les genres imaginables, des longs traités philosophiques aux scénarios de films en passant par les essais, le théâtre et les nouvelles.
Winock examine en détail les relations de Sartre avec le marxisme, son rôle de « compagnon de route ». Winock explique avec précision la portée de l’ouvrage de Camus *em* *L’homme révolté* (1951) – « Camus s’ingéniait à démontrer l’échec de la prophétie. » (p. 49), – ouvrage qui, selon la critique de Francis Jeanson, a donné lieu à une polémique avec Albert Camus. Sartre ne voulait pas accepter la critique du marxisme formulée par Camus ; ce n’est que plus tard, après 1957, à la suite de l’invasion de la Hongrie par les Soviétiques (cf. p. 60 et suivantes), qu’il a déclaré rompre avec ses amis moscovites.
Les Mandarins de Simone de Beauvoir parut en 1955. Winock se souvient des discussions animées avec Arthur Koestler, dont elle rend compte dans La Force de choses (1963). Le thème dominant des années 50 était l’Algérie et la critique de la torture qui y était pratiquée. Winock évoque l’ouvrage de Raymond Aron, La Tragédie algérienne (1957) : « J’avais vingt ans, j’étais tout feu tout flamme ; Raymond Aron me vaccinait contre l’extrémisme vers lequel Jean-Paul Sartre, par ses éclats, me poussait. » (p. 107)
À la fin de la IVe République, de Gaulle devint son dernier Premier ministre et prépara une nouvelle Constitution que Sartre qualifia de « La Constitution du mépris » (p. 127). C’est également en 1958 que parurent les Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir (p. 130-144) : « Les Mémoires de Beauvoir m’initiaient aussi à la sociologie de la classe bourgeoise », (p. 137) écrit Winock.
Puis viennent, dans les années 60, « Les années sartriennes ». Après la mort de Camus, le 4 janvier 1960, Sartre rédige une nécrologie : « L’hommage de Sartre, émouvant, révélait chez lui, qui pouvait se montrer si dur dans ses polémiques, une sensibilité mal connue. » (p. 149) Sartre continue également à rédiger des préfaces, comme celle de la réédition de l’ouvrage de Paul Nizan Aden-Arabie. Mais l’événement marquant du début de cette décennie fut la parution de la Critique de la raison dialectique, dont Winock a lu les 700 pages jusqu’à la page 237. « Peut-on concilier existentialisme et marxisme ? » Telle est la question centrale qui, avec le texte de Questions de méthode 2027, figure toujours à l’ordre du jour de la conférence annuelle du Groupe d’études sartriennes à la Sorbonne.
Peu après paraissent Les mots (1964) et, en octobre, Sartre refuse le prix Nobel de littérature. En 1965, de Gaulle se retrouve au second tour face à Mitterrand, avec un taux de participation de 85 %. En 1967 s’ensuit le dialogue entre Sartre et de Gaulle à propos du Tribunal de Russell, et de Gaulle écrit « Mon cher maître… » ; Sartre répond : « … je ne suis “maître” que pour les garçons du café… » (p. 190)
Sartre et les Juifs : Winock rappelle sa Réflexion sur la question juive (1946) ainsi qu’aux contributions d’Ingrid Galster, qui se demandent si Sartre a pris en 1951 la place d’Alquié au lycée Condorcet. (p. 208-214.)
Avec le recul, Winock dresse le bilan : « Je ne pense pas que Sartre fût très doué pour la politique : je suis même sûr du contraire. » Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, il se montra assez indifférent à la politique. La littérature était son domaine. Après la Libération, il s’est engagé politiquement à sa manière, ne s’est jamais laissé instrumentaliser, est toujours resté fidèle à lui-même : « Mais son engagement, qu’il considérait désormais comme un impératif, resta toujours déterminé par une attitude morale, intransigeante entre le Bien et le Mal. » (p. 234) Un intellectuel qui s’immisçait partout et qui donna au Japon les trois conférences : Plaidoyer pour les intellectuels, avec pour principe fondamental de rester libre et de ne pas se laisser classer. Il décrivait également cette liberté dans ses nombreux portraits d’artistes, qui sont trop peu abordés dans ce volume de Winock, mais pour une bonne raison. car son livre traitait avant tout de l’engagement politique de Sartre. Ses activités dans le domaine de l’art (1) confirment le jugement fondamental de Winock, qui souligne à juste titre la diversité si particulière de son œuvre. Cette diversité, qui englobe tous les genres, des récits aux traités philosophiques, et dont est issue une méthode, d’analyser l’œuvre et la vie de nombreux artistes, jusqu’à Tintoret, l’ont conduit, surtout après 1945, à s’engager également en politique, à s’immiscer partout, en veillant toujours à préserver son indépendance, même à l’époque où, en tant que « compagnon de route », il tentait d’influencer le PCF. (2)
Gerade ist bei Flammarion der Band > Sartre pour mémoire erschienen. Der Historiker, Essayist und emeritierte Professor für Zeitgeschichte am Institut d’Ètudes politiques de Paris Michel Winock (*1937) erinnert sich auf der Grundlage seiner eigenen Biographie, wie Jean-Paul Sartre (1905-1980) seine Generation geprägt hat. Als Zeitzeuge ist sein Bericht manchen Darstellungen dieser Zeit überlegen: „Sartre strebte nie nach der Nachwelt; er wollte vor allem ein Zeitgenosse sein. So ist er ganz allein schon eine ganze Epoche wert.“ (S. 231) Wie schrieb Sartre auf der ersten Seite seines Vorwortes zum Idiot der Familie? S. 7: „Der Mensch ist nämlich niemals ein Individuum; man sollte ihn besser als „einzelnes Allgemeines“ bezeichnen“ jemand der immer seine Epoche verkörpert… und dann folgt eine präzise Erklärung, wieso der Mensch immer ein Kind seiner Zeit ist.…“ und dennoch ist es ihm gelungen, auch die folgenden Generationen zu prägen, genügt es doch die Aktivitäten der Groupe d’études sartriennes und der Sartre Gesellschaft sowie der anderen Sartre Gesellschaften weltweit zu folgen.
In der Zeitschrift L’Histoire mit dem Thema „France 1945. Tout est possible“ (Mensuel N°529, mars 2025 )
hatte Michel Winock einen Beitrag mit dem Titel „Le Phénomène Sartre“ veröffentlicht: „Die enorme Popularität von Jean-Paul Sartre lässt sich durch die Modernität und Radikalität seines Denkens erklären. Er rief sowohl Empörung als auch Bewunderung hervor und setzte sich in einer angeschlagenen Gesellschaft durch, indem er eine neue Freiheit einforderte.“ Jetzt berichtet er in > Sartre pour mémoire über einen Leser, der sich darüber echauffierte, dass Winock es wagte, über einen Autor zu schreiben, der ein Hochstapler gewesen sei, der sich immer getäuscht habe? Man kennt das, wie ein vorgefasste Idee: Sartre hat sich immer getäuscht… Ein guter Anlass für Winock, trotz aller Dissenzen über den Einfluss nachzudenken, den Sartre auf sein Leben und das seiner Generation ausgeübt hat.
Sartre hat Michel Winocks Leben nachhaltig geprägt. Wenn auch nicht alle seine Schriften ihn überzeugt haben, stehen sie doch alle auf seinem Regal. Das ist beim Rezensenten dieses Buches auch so… auch auf Deutsch.
Schon in seinem Band Siècle des intellectuells hatte er ein Kapitel „Les années Sartre“ genannt, die von 1944 bis zu seinem Tod 1980 reichten. Den Einfluss, den er in diesen Jahrzehnten auf das intellektuelle Leben in Frankreich ausübte, ist das Thema des jetzt vorliegenden Buches. Die Bücher von Jean Piaget („une première façon de me décrasser intellectuellement“, auf Deutsch: „eine erste Möglichkeit, meinen Kopf frei zu bekommen“, S. 15), Henri Bergson, Søren Kierkegaard, aber auch Kant, Hegel und schließlich auch Marx haben Winock in seinem Studium geprägt. In seinem Notizheft findet er aber keine Hinweise auf L’Imaginaire (1940) oder L’Ètre et le néant (1943) aber sehr wohl über Sartres La nausée (1938) (vgl. S. 21-25) Romanzyklus Chemins de la liberté, der ihn so nachhaltig beeindruckt hat.
Und wenn heute Sartre in der Universität nicht sehr oft in den Vorlesungsverzeichnissen steht, so steht bei Winock dafür eine kurze Erklärung, die schon für die 50er Jahre galt: „Seine Philosophie, der Existentialismus, hatte sich von der Universität gelöst: Er war zu einer Modeerscheinung geworden…“ (S. 31) Das Phänomen Sartre ließe sich durch sein Genie erklären, dass alle erdenkbaren Genres beherrschte von langen philosophischen Traktaten, über Essais, das Theater, Novellen bis zu Filmszenarien.
Ausführlich untersucht Winock Sartres Beziehungen zum Marxismus, seine Rolle als „Compagnon de route“. Winock erläutert präzise die Tragweite von Camus‘ L’homme révolté (1951) – „Camus s’ingéniait à démontrer l’échec de la prophetoie.“ (S. 49), – dem nach der Rezension von Francis Jeanson der Streit mit Albert Camus folgte. Sartre wollte die Kritik Camus‘ am Marxismus nicht akzeptieren, erst später nach 1957 erklärte er nach dem Einmarsch der Sowjets in Ungar ( Vgl. S. 60 ff) den Bruch mit seinen Moskauer Freunden.
Simone de Beauvoirs Les Mandarins erschien 1955. Winock erinnert sich an die heißen Diskussionen mit Arthur Koestler, über die sie in La Force de choses (1963) berichtet. Das beherrschende Thema der 50er Jahre war Algerien und die Kritik an der dort ausgeübten Folter. Winock erinnert an Raymond Arons La Tragédie algérienne (1957): „Ich war zwanzig Jahre alt und voller Tatendrang; Ramond Aron impfte mich gegen den Extremismus, zu dem mich Jean-Paul Sartre mit seinen Ausbrüchen drängte.“ (S. 107)
Am Ende der IV. Republik wurde de Gaulle ihr letzter Ministerpräsident und bereitete eine neue Verfassung vor, die Sartre „La Constitution du mépris“ (S. 127) nannte. 1958 erschienen auch Simone de Beauvoirs Mèmoires d’une jeune fille rangée (S. 130-144): „Die Memoiren von Beauvoir führten mich auch in die Soziologie der bürgerlichen Klasse ein,“ (S. 137) schreibt Winock.
Dann folgen in den 60ern „Les années sartriennes“. Nach dem Tod Camus‘ am 4. Januar 1960 schreibt Sartre einen Nachruf: „Sartres rührende Würdigung offenbarte bei ihm, der in seinen Polemiken so hart sein konnte, eine wenig bekannte Sensibilität.“ (S. 149) Sartre verfasst weiterhin auch Vorworte wie zur Neuauflage von Paul Nizans Aden-Arabie. Das Ereignis am Anfang dieses Jahrzehnts war aber das Erscheinen der Critique de la raison dialectique, deren 700 Seiten Winock bis zur S. 237 gelesen hat. Kann man Existentialismus und Marxismus miteinander vereinbaren, lautet die zentrale Frage, die mit dem Text von Questions de méthode 2027 noch immer auf der Tagesordnung der Jahreskonferenz der Groupe d’études sartriennes in der Sorbonne stehen wird.
Kurz darauf folgen Les mots (1964) und im Oktober lehnt Sartre den Nobelpreis für Literatur ab. 1965 kommt de Gaulle in die Stichwahl mit Mitterrand mit einer Wahlbeteiligung von 85 %. 1967 folgt der Dialog Sartre-de Gaulle wegen des Tribunal Russels und de Gaulle schreibt „Mon cher maître..:“ Sartre: „… je ne suis ‚maître‘ que pour les garçons du café…“ „Ich bin nur für die Jungs aus dem Café der „Meister“…“ (S. 190)
Sartre und die Juden: Winock erinnert an seine Réflexion sur la question juive (1946) und an die Beiträge von Ingrid Galster, ob Sartre 1951 den Posten von Alquié am Gymnasium Condorcet eingenommen habe. (S. 208-214.)
In der Rückschau zieht Winock Bilanz: „Ich glaube nicht, dass Sartre ein großes Talent für Politik hatte: Ich bin mir sogar sicher, dass das Gegenteil der Fall war.“ Bis zum zum Zweiten Weltkrieg zeigte er sich der Politik ziemlich gleichgültig. Die Literatur war seine Domäne. Nach der Libération hat er sich auf seine Weise politische engagiert, hat sich nie vereinnahmen lassen, ist sich selber immer treu geblieben: „Doch sein Engagement, das er fortan als eine Verpflichtung betrachtete, war stets von einer moralischen Haltung geprägt, die zwischen Gut und Böse keinen Kompromiss zuließ.“ (S. 234) Ein Intellektueller, der sich über all einmischte und in Japan die drei Vorträge hielt: Plaidoyer pour les intellectuels mit der wichtigsten Maßgabe, frei zu bleiben und sich nicht klassifizieren zu lassen. Diese Freiheit beschrieb er auch in seinen vielen Künstlerporträts, die in diesem Band von Winock zu kurz kommen, aber aus gutem Grund. denn in seinem Buch ging es doch vor allem um das politische Engagement von Sartre. Seine Aktivitäten auf dem Gebiet der Kunst(1) bestätigen das grundlegende Urteil von Winock, der zu Recht die so besondere Vielfalt in seinem Werk hervorhebt. Diese Vielfalt aller Genres von Erzählungen bis zu philosophischen Trakten, aus denen eine Methode hervorging, Werk und Leben viele Künstler bis zu Tintoretto zu analysieren, führte ihn besonders nach 1945 dazu, sich auch in der Politik zu engagieren, sich überall einzumischen, immer darauf bedacht, seine Unabhängigkeit zu bewahren, auch in der Zeit, als er als Compagnon de route versuchte die P.C.F zu beeinflussen.(2)
Michel Winock
> Sartre pour mémoire
Paris : Flammarion 2026
ISBN : 978208048329
1. Heiner Wittmann, Sartre et la liberté de la création: l’art entre la philosophie et la littérature. in : G. Farina, M. Russo, (Hg.), Sartre et l’arte contemporanea. Immagini e imaginari, dans: Gruppo Ricerca Sartre, Studi Sartriani, Anno XV / 2021, S. 83-102, S: 101: „C’est bel et bien l’art et l’esthétique qui forment le point de référence central de toute son œuvre soutenue par la philosophie comme laboratoire de réflexions, par exemple sur la liberté et la position de l’homme dans le monde. Si nous parlons de l’esthétique dans son œuvre, cette esthétique qu’il n’a pas écrite, mais qu’on peut facilement reconstruire, il n’est cependant pas aisé de la séparer de sa philosophie et de sa littérature, ce qui revient à souligner la portée centrale de l’esthétique dans l’œuvre de Sartre.“
2. Alfred Betschart,«Vom Marxisten zum Anarchisten: Sartre 1972–1980». In: Espero, 8, Januar 2024, S. 257-322.
Traductions avec le soutien de deepl.com.


